Ambronay, le festival qui se met au régime vert

Décidément 2019 aura été l’année des anniversaires pour nombre de festivals en France. Celui d’Ambronay résonne depuis 40 ans sous les voûtes de l’abbatiale bénédictine.  Le petit village escarpé du Bugey, retiré mais relié par de faciles accès, doit encore aujourd’hui sa renommée de l’abbaye bénédictine qui le tira de l’anonymat aux abords de l’an 800. Sobre et majestueux, légèrement sur les hauteurs, le complexe monastique dominait la région avant de s’éteindre et tomber en morceau par l’injure du temps ou l’irrespect des hommes.

Aujourd’hui propriété du département de l’Ain, c’est une imposante machine culturelle au service de la musique et des artistes à défaut de bien servir l’histoire et la pierre. La restauration est impressionnante, restituant la paix monastique, la beauté sobre et la majesté imposante. Pour autant, les visites guidées sont une catastrophe tissée d’erreurs et de poncifs non maîtrisés et la grosse machinerie du Centre culturel restitue l’anonymat un peu froid des grandes salles parisiennes.

Tel est l’écrin qui depuis 40 ans accueille le festival d’Ambronay. On y cultive l’excellence, on y pratique l’innovation, on y suscite la rencontre et on aime le beau. Les concerts et animations s’enchainent à un rythme tel qu’il faudrait l’ubiquité des saints moines pour honorer toutes les propositions. Mise en oreille, table ronde, concert pour enfant (et non infantiles), bar du festival, soirée after et bien entendu promotion des jeunes, sont autant de facettes musicales qui font du festival une réussite. Une réussite et un succès qui fait mouche à chaque fois auprès d’un public qui vient de loin, qui revient en habitué et qui a cette étonnante particularité de forcer les musiciens à revenir par l’intensité ininterrompue des rappels qui frisent la chaleureuse prise en otage en échange d’un (voire deux) bis.

Tel est le festival d’Ambronay, froid par sa machinerie imposante, enfiévré par son public chaleureux. Du second week-end auquel j’ai assisté je ne retiendrai que l’élégant concert de Sollazzo ensemble autour du chansonnier de Louvain. Une heure de musique Renaissance tissant mélancolie et élégance. Et enfin l’exceptionnel « académie » Mozart donnée par René Jacobs, offrant une version dépoussiérée et incroyablement vivante de ce que l’habitude avant transformé en ritournelles mozartiennes.

Pour terminer je voulais noter l’engagement marqué du festival pour le climat. Outre la conférence très suivie de Pierre Rabhi, le festival a mis tous les musiciens au régime sans viande chaque soir. Loin de ces préoccupations très concrètes, j’ai en tout cas été bluffé par cette initiative qui est pourtant restée gastronomiquement aussi originale et inventive qu’excellente.

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