Rencontres musicales de Vézelay, un souffle de fraîcheur s’empare de la colline éternelle

Hiératique, sereine et altière, la vielle dame de Bourgogne domine de son regard éternel vallées et collines du Morvan. Attendrissante grand-mère qui depuis des siècles accueille à bras ouverts pèlerins et touristes. Une tradition d’accueil qui semble s’être naturellement transmise comme l’héritage d’un ADN aux rencontres musicales de Vézelay dont la renommée s’étend, comme celle de la Madeleine, bien au-delà des terres historiques de Bourgogne.

20 ans cette année que la voix a trouvé son écrin sous ses voutes millénaires. Après la géniale mise en route de Pierre Cao et plusieurs directeurs artistiques, le festival et la cité de la voix envoutant places et ruelles, mais aussi églises et abbayes alentours ont diversement résonner au timbre mystérieux de cet instrument humain fait de force et de fragilité. L’édition 2019 aurait pu simplement retracer vingt années de musique vocale à Vézelay. Et elle le fait par le choix de répertoire ou d’ensembles ou encore de chefs tous biens bourguignons. Mais un souffle de jeunesse vient agrémenter le soleil estival d’une guillerette liberté qui entremêle tradition et perle de fraîcheur.

Si le public peut être fidèle parfois depuis 20 ans, c’est tout autant pour la qualité musicale que la convivialité qui pourtant cette année a fait un étonnant bond en avant. C’est la fête incontestablement place des rencontres ou place Borot où l’on écoute des ensembles festifs, joyeux allant du ménestrel au classico-variété, en sirotant un verre de blanc du coin, glace ou saucisse à la main. Avec de nombreux spectacles en entrée libre, les rencontres offrent la musique dite classique (qui ne l’est souvent pas) au plus grand nombre. Connaisseurs et passants, après avoir courageusement affronté la grande montée se reposent à l’ombre ou sous les brûlures du soleil en charmant leur oreille d’une très grande diversité. Troubadours pour la fête aux accents médiévaux et bohème d’un XIXème qu’on vous apprend à danser ; chanteurs acteurs pour des spectacles ou des moments d’ouvertures musicales parcourant la gamme de l’exotisme et du terroir, car à Vézelay on s’ouvre à tous, mais on est fier d’être Bourguignons. L’apéro concert comme le grand bal du samedi soir auquel chaque festivalier aura été préparé par des cours de danse viennent scander une partition ad libitum tutoyant le voyage féérique, comme les nuits vézeliennes pénètrent le mystique.

C’est au cœur de cette ambiance festive devant laquelle les placettes méditerranéennes pâliraient que se tisse avec le naturel de l’évidence l’excellence et le sérieux. Au risque d’oublier certains moments clefs, citons parmi les temps forts, l’académie des jeunes chefs de chœur menés pendant une semaine à l’abbaye de Regny par Matthieu Romano et l’ensemble Aedes. Permettez une mention particulière aux mises en oreille par lesquelles Nicolas Dufetel introduit avec la facilité de la passion l’auditeur aux différents concerts, régulièrement rejoint par le chef donnant ses clefs d’interprétations.

A Vézelay on pérégrine vers les hauteurs spirituelles, à la cité de la voix on déambule entre jeunesse passionnée et émotions nouvelles. On ne peut évoquer le festival sans dire un mot, rapide, de cette désormais institution qu’est la cité de la voix qui déjà a vu passer tant de jeunes talents, nourri de si grands projets aujourd’hui à la conquête du monde. Des résidences où l’on perfectionne sa technique, son sens artistique, mais ou l’on apprend également à se faufiler dans un monde musical ardu avec lequel il faut composer plus que des notes pour percer. 

Enfin, la nouveauté ne tient pas qu’à la restauration (enfin) du majestueux vaisseaux qui s’apprête à endosser sur l’extérieur la luminosité qui déjà rayonnait de l’intérieur. Une décontraction enjouée s’est emparée de la colline cette année et c’est un Glyndebourne populaire au sens le plus festif du terme qui s’étale chaque jour au chevet de la cité vocale. Quelque chose de primesautier vient soutenir la traditionnelle qualité. Une tradition d’accueil qui trouve un visage familier avec son nouveau directeur François Delagoutte qui loin de camper dans le rôle du directeur artistique hisser sur sa chaise d’arbitre de tennis, vous accueille en hôte chaleureux, côtoyant avec l’attention bienveillante ses hôtes, soucieux du plaisir de l’âme comme de celui du cœur.

L’audace est toujours au rendez-vous, éloignant tout risque de routine même avec les tubes du répertoire. Une audace faîte aussi de risques que les critiques sauront vous présenter avec l’oreille du professionnel mais que jusqu’ici le public a salué avec une chaleur incontestablement conquise.

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