Le festival baroque de Sablé, la simplicité conviviale de l’excellence

Il y a 41 ans, dans la ferveur passionnée du renouveau baroque s’ouvrait le premier festival baroque de Sablé sur Sarthe. 41 ans plus tard, la passion n’a pas pris une ride et les débats n’ont pas perdu de leur vivacité un rien fébrile. Témoin d’une époque, celle où la fièvre baroque s’emparait du monde musical, le festival de Sablé n’est pas pour autant devenu un fossile, vétéran d’antiques combats. Loin s’en faut ! L’équipe, qui aujourd’hui entoure Alice Orange, est bien l’héritière de pionniers dont bon nombre sont encore des fidèles de la rencontre estivale. Héritière, en poursuivant la tradition d’exigence et d’excellence tant dans les concerts que dans les choix d’interprétation ou par l’abondance de conférences pointues très fournies en public.

Le baroque est une musique, mais c’est aussi un art de vivre pour les passionnés et l’on sait combien le public « baroqueux » est exigeant, cultivé et parfois un brin intransigeant. A Sablé, même si les passions se sont peut-être adoucies, on garde cette fougue des premières heures du baroque, de ce temps où finalement les balbutiements du renouveau étaient un ensemble de défis, un monde à conquérir, des audaces toujours inventives, une recherche affutée en permanence. C’est aussi en cela qu’est héritière l’équipe actuelle de l’Entracte qui porte depuis l’origine cet événement désormais incontournable du monde baroque.

En venant sur les bords de Sarthe, nous ne pénétrons pas dans un conservatoire sous cloche de verre. La créativité est toujours là et finalement l’esprit même du baroque se renouvelle sans jamais se trahir. La ligne musicale est là, mais il faut interpréter la basse, fleurir les voix. C’est bien l’esprit des rencontres de Sablé sur Sarthe dont témoigne cette édition « Nouveau monde » qui explore la rencontre du baroque du vieux et du nouveau continent et plus largement des autres « terras incognitas ».

Si tout un monde se retrouve aux abords de la hiératique abbaye de Solesmes, d’années en années. Occasion de débats, de retrouvailles entre connaisseurs, la qualité des concerts et des conférences ne fait pas du festival un entre soi fermé, bien au contraire. Les concerts essaiment dans le pays sablésien et cette année, le festival off (unique en France) s’offre gratuitement aux habitants de la ville comme aux festivaliers. Car cette édition, comme les autres, ressemble à une plateforme où l’émulsion passionnée s’ouvre au public moins averti en toute simplicité. L’arrogance de l’ancienneté, la suffisance du savoir n’ont aucune prise sur l’équipe comme sur les habitués. La simplicité (exigeante certes) est le maître mot. Artistes, public, connaisseurs, néophytes, se côtoient aux dîners, en croisière, aux pique-niques autant que sur les bancs des églises et des conférences. L’Académie de Sablé est elle aussi un lieu d’échange de rencontres et de formation, ayant formé des générations de jeunes artistes au creuset effervescent de l’évolution de la recherche.

Et c’est peut-être la marque du festival de Sablé, au-delà d’une réputation d’excellence qui n’est plus à faire, au-delà de son rôle toujours vivant dans l’histoire de la musicologie baroque, il y a un petit côté Glyndebourne en forme de place du village où chacun se rencontre au fil des notes. Et au fond cette simplicité conviviale de l’excellence n’est pas sans donner un air de vacances entre amis.

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