En Combrailles, l’annuelle cure de jouvence de Bach

En Combrailles, l’annuelle jouvence de Bach

Si E-scène s’est lancée dans la présentation des festivals c’est parce que chacun a son esprit, ce quelque chose d’unique qui fait qu’au-delà de la qualité musicale « on y revient ». Et revenir en Combrailles ce n’est pas un voyage que l’on fait en passant ! Sans doute, du reste, le cadre bucolique est une part importante de cet esprit. Le « parisien moyen » verrait peut-être dans cet ensemble valloné encore marqué par les pierres médiévales, l’absence d’axes internationaux et clairsemé de villages typiques et isolés, une région recluse et fermée sur elle-même aux paysans bourrus. Bach en Combrailles signe le plus brillant démenti à tout parisianocentrisme auto référent.

extrait de la répétition du concert de clôture 2019

Les musiciens sont unanimes, en Combrailles, on sait recevoir et accueillir, on sait faire la fête et déguster la bonne chair (et faire bonne chère), on sait apprécier Bach et Philippe Hersant. Il y a vingt ans, alors que la France n’était pas encore couverte de « petits » festivals et que les fonds publics allaient massivement au grosses productions, un homme, une famille, des amis ont fait le pari audacieux de créer un festival dans cette région encore peu connue des touristes. Un festival Bach dans une région où les églises romanes sont globalement dépourvues d’orgue ! Et finalement, après le cadre bucolique, l’accueil rural, c’est sans doute l’audace qui fait la marque de fabrique de Bach en Combrailles.

Il y a vingt ans, on marquait les billets à la main, on faisait la tournée des villages affiches en main, on invitait déjà des pointures, on faisait la cuisine pour tous. Ouvert aux artistes de toute l’Europe, le festival n’était pas là pour les esthètes habitués des grandes salles en villégiatures. Bach s’adressait aux habitants des Combrailles et de Creuse. Et aujourd’hui encore les églises sont pleines d’amis, de voisins, laissant une ambiance des plus familiale.

Mais, comme souvent, le festival, ce sont des bénévoles. Ici une équipe de jeunes se retrouve chaque année dans une ambiance festive et une bonne humeur communicative ou le drôle sert de support à l’efficace. C’est sans doute cette autre marque de fabrique qui en porte encore une et des plus authentiques. On sait qu’autrefois les compositeurs créaient, recréaient en fonction du matériau musical qu’ils avaient sur place. Cette contrainte est aujourd’hui une cure de jouvence pour le festival qui n’hésite pas à « revisiter Bach » dans cet esprit libre et fidèle. Et du point de vue musical, c’est probablement l’esprit qui ressort du festival. L’audace d’être toujours jeune avec Bach sans jamais le pervertir. C’est un pari qu’a repris il y a trois ans, Vincent Morel, un directeur artistique passionné entouré d’une équipe enthousiaste aux mille talents.

Bref, Bach en Combrailles, recentré sur les artistes français depuis quelques années, c’est une succession de surprises. Après le dîner d’anniversaire célébrant 20 ans de passion en Auvergne, en voyant cet accueil « bien de chez nous », cette débrouillardise du système D à la française et cette richesse discrète loin des feux de la rampe, une phrase d’un certain Louis de Funes m’est venue spontanément « c’est ça la France », cette France de la culture qui innerve avec panache les moindres recoins du territoire, contre vent et marées, enracinée et ouverte. Les voies ferrées sont recouvertes de ronces, les écoles ferment, les postes n’ouvrent plus qu’à mi-temps et pourtant une chose ne déserte pas les villages, la culture !

Chapeau bas !

En savoir plus sur le festival

un festival de musique de chambre clef en mains par ici
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