Le festival de l’abbaye de l’Epau, un parfum de musique qui s’exhale des pierres

Un havre de paix, de pierres et de verdure. Telle se présente l’abbaye de l’Epau, en lisière de forêt, aux portes du Mans. Un contraste de silence et de sobriété qui vous emporte sans transition du brouhaha de la ville au bruissement de l’Huisne sur les bords de laquelle l’ancienne demeure médiévale revit après des siècles d’oubli, de démentiellement et de restauration. Parmi les restaurations dont peut s’enorgueillir l’antique sobriété monastique de pierres blanches et ocres, le festival de l’abbaye de l’Epau n’est pas la plus petite des restaurations qui ennoblissent le lieu.

Au chant sacré des moines cisterciens qui s’élevait dans l’abbatiale, a succédé les voix de professionnels et d’amateurs de talents qui viennent à leur tour habiter l’église, mais aussi le cloitre, la salle capitulaire ou encore le dortoir.

Chants, sacrés ou non, récitals, mais aussi à présent grands ensembles orchestraux, l’abbaye propose une programmation complète et variée, laissant aux professionnels comme aux amateurs et aux étudiants un ensemble de scènes à l’acoustique exceptionnelle, avec parfois une légère délocalisation à la préfecture du Mans.

Pour comprendre l’ambiance particulière de ce festival qui fêtait cette année ses 37 ans, il faut se laisser habiter par le silence et la sobriété du lieu qui se font écrin unique d’où s’exhale, comme un parfum diffusé des pierres même, la musique. Une musique savante et riche, une musique amicale et improvisée, une musique en solo ou en groupe, mais toujours en forme de rencontre. Rencontre avec le public bien entendu, mais aussi entre artistes. On déambule dans l’abbatiale au son lointain du piano qui répète au dortoir. On prend un verre dans le cloître tandis qu’un « before concert » donne le ton de la soirée. On se laisse gagner par la qualité, autant que par la paix musicale et on prolonge par un after festif avec les musiciens.

Si vous ajoutez à cela le talent, la gentillesse de l’équipe, la diversité de la programmation, il me semble que vous avez les ingrédients de la recette « abbaye de l’Epau », dont nous avons pu goûter l’une ou l’autre portion gourmande. Une entrée imposante, dans l’abbaye à l’acoustique rénovée, avec Dogora, à quelques jours du décès d’Etienne Perruchon, un éblouissant duo dans les salons de la préfecture, un rafraîchissant divertimento de jeunes saxophonistes dans le cloitre sous le soleil sarthois et un émouvant récital de Bertrand Chamayou, livrant un Schumann un peu frappé, mais un Ravel scintillant.

L’édition 2019 s’achève et l’abbaye va s’endormir bercée de beauté et souvenir jusqu’à l’année prochaine.

Cyril Brun

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